2 – Bilan des potentialités et des faiblesses

Pour inscrire la Corse dans les champs européens de la modernité et de l’échange il s’agira de mieux valoriser les atouts, de surmonter les handicaps, faire face aux nouveaux enjeux et de construire une organisation territoriale pertinente et solidaire

2.1- Mieux valoriser les atouts :

Les atouts de la Corse tiennent à la fois à la place de la nature et de la culture, et à la qualité des hommes, héritage de l’histoire et des valeurs partagées.

Ces gisements de richesse d’une société sont considérables.

Ils doivent servir à une meilleure mise en valeur de l’île et à l’épanouissement des savoir-faire.

Cinq atouts se détachent :

Un potentiel environnemental exceptionnel, des écosystèmes riches, complexes et diversifiés, un cadre de vie généralement préservé, un potentiel d’énergies renouvelables, une ressource en eau abondante et de qualité et une absence de pollutions majeures.

Un potentiel touristique fort et diversifié : un littoral qui a gardé son authenticité, des montagnes semées de villages anciens, des sites inscrits par l’UNESCO au patrimoine commun de l’humanité et qui ont conservé l’empreinte de l’histoire.

Une inscription dans l’arc méditerranéen qui place la Corse au cœur d’un réseau d’échanges et de passages ; des infrastructures aéroportuaires et portuaires nombreuses et de qualité.

Un lien social demeuré fort, le sens de la responsabilité familiale, un sentiment d’appartenance à une communauté.

Des réussites dans les secteurs industriels ciblés et des productions agroalimentaires de haute qualité à consolider.

2.2 - Surmonter les handicaps :

Les handicaps de l’île apparaissent comme autant d’obstacles posés sur le chemin de son développement. Les connaître c’est aussi mieux pouvoir les surmonter.

Cinq handicaps sont à relever :

La contrainte de l’insularité, avec ses effets en chaîne : de discontinuité, de renchérissement des coûts de transport et de la vie et de cloisonnement des marchés.

La faiblesse des transports intérieurs et urbains qui accentue le cloisonnement de l’île en une vingtaine de micro-régions. L’insuffisance des équipements publics et l’indigence des services collectifs de base (assainissement, eau potable, gestion des déchets).

Un niveau démographique trop faible, souvent en dessous du seuil critique et marqué par de fortes oppositions entre : déprise des espaces ruraux et montagnards et attractivité des villes du littoral, entre populations résidentes et populations estivales.

Un retard de développement révélé par de nombreux symptômes :

- le produit intérieur brut (PIB) par habitant inférieur de 18 % à la moyenne des régions d’Europe,
- le revenu disponible brut des ménages en dessous de 7 % de la moyenne française,
- des transferts financiers et sociaux au rôle déterminant dans la richesse produite,
- une réussite en matière d’éducation et de formation très insuffisante à l’aube du troisième millénaire,

- une économie déséquilibrée et traversée par de nombreux clivages : fragilité des PME, manque d’ingénierie de projet, saisonnalité marquée, tourisme à professionnaliser, agriculture en mutation, industrie quasi inexistante, poids élevé du secteur public et parapublic.

La violence qui a découragé les investisseurs potentiels, les créateurs et les porteurs de projets.


2.3 - Faire face aux nouveaux enjeux :

Les enjeux clés identifiés pour la Corse s’expriment à l’échelle nationale, méditerranéenne et européenne :

Construire une relation d’échange, d’ouverture et de synergie avec les régions insulaires et continentales de l’arc méditerranéen : marchés, entreprises, université, programmes de coopération, développement de projets.

Valoriser un environnement propice au développement de l’île ; en intégrant cette dimension innovante aux projets, en se dotant des infrastructures modernes et des services collectifs de base nécessaires, et en adoptant une gestion des sols rigoureuse et à l’échelle des enjeux.

Améliorer la situation de l’emploi en particulier celle des femmes, des jeunes et des personnes précarisées en diversifiant le tissu économique, en intégrant les projets dans une vision d'ensemble plus humaine, environnementale et culturelle, en développant l’ingénierie de projet et en adoptant des démarches de développement local, de coopération et d’échange.

Favoriser le développement des technologies innovantes et l’usage des technologies de l’information et de la communication comme réponse à l’insularité.

Trouver une cohésion territoriale de l’île adaptée aux enjeux du développement durable, à la nécessité de moderniser les structures de coopération intercommunales et au besoin de solidarité de la société corse ; une cohésion territoriale qui favorise le partenariat autour de projets ainsi qu’une meilleure gestion des finances publiques locales.

2.4 - Construire une organisation territoriale pertinente et solidaire pour inscrire la Corse dans les champs européens de la modernité et de l’échange.

La prise de conscience de la nécessité d’une meilleure organisation territoriale est récente. Elle constitue l’assise indispensable du développement durable que la société corse dans son ensemble souhaite impulser. Elle constitue le premier terreau des solidarités nouvelles, de nouvelles façons de travailler ensemble et combler le décalage entre l’échelle géographique des problèmes et le ressort limité des territoires d’aujourd’hui.


Passer d’un territoire en archipel...

La Corse est aujourd’hui plus urbaine que rurale dans sa démographie. Neuf des onze villes de la Corse sont situées sur le littoral. L’emploi progresse. Les activités touristiques s’y installent. L’urbanisation progresse à partir des pôles urbains principaux. Ajaccio et Bastia rassemblent plus de la moitié de la population de l’île. Porto-vecchio et le duo pôle Calvi / Ile Rousse se développent, grâce notamment à leur vocation touristique.

L’intérieur de l’île est très dépeuplé (10 habitants au km2). Il est de très haute qualité environnementale, tout comme le littoral. Le relief est très montagneux et cloisonné, induisant des difficultés de liaison et d’équipements importants. Corte, ville universitaire nouvelle, centre historique et patrimonial de la Corse atteint à peine 6300 habitants. L’espace rural fragile occupe 80 % du territoire de l’île. Les villes sont situées à 2 ou 3 heures de route les unes des autres. Les moyens modernes d’information, de communication et d’échange seront déterminants dans l’aménagement du territoire insulaire.

La Corse est émiettée en 360 communes. La moitié ont moins de 100 habitants. De nombreux zonages institutionnels superposés, comme pour d’autres régions de France, aboutissent à un saupoudrage des forces et des moyens. L’intercommunalité de développement se réduit à quelques pôles. Trouver les espaces pertinents de projets, fondateurs de cohérence territoriale est une urgence pour cette région de faible densité (30 habitants au Km2) qui doit inventer un avenir de solidarité. Les territoires peuvent se structurer à partir des agglomérations et des bassins de vie.


... à des bassins de vie structurés,...

L’enjeu de l’aménagement et du développement durable de la Corse passe par une recomposition du territoire, une restructuration de l’espace en « pays / bassins de vie » à partir des villes et pôles urbains.


...des agglomérations solidaires,...

La notion d’agglomération, autrefois fondée sur la continuité du bâti (« la ville, c’est l’ensemble des toits, des rues, des places, des quartiers, des monuments qui signalent ce que les hommes ont fondé collectivement… »), s’élargit aujourd’hui à toutes les dimensions de la vie urbaine et de la mobilité. Les interdépendances sont plus complexes et l’espace urbain s’agrandit. Les communes sont rassemblées dans un fonctionnement urbain pluridimensionnel. La Corse n’échappe pas à cette image de la modernité.

La Corse compte deux ensembles urbains de plus de 50 000 habitants qui rassemblent quinze à vingt communes autour des villes historiques : Ajaccio et Bastia.

L’enjeu des agglomérations est de fonder un projet d’avenir et de traiter collectivement les problèmes essentiels : la construction des équipements, la gestion de l’espace, l’habitat social, les transports urbains, l’assainissement et le traitement des déchets ménagers.


...et complémentaires :

Ajaccio et Bastia ont connu dans l’histoire des dynamiques de développement distinctes ; Ajaccio plus administrative et historique, Bastia plus industrielle et commerciale, mais toutes deux tournées vers l’extérieur. Elles doivent aujourd’hui fonder l’axe de cohérence et de développement de la Corse, redynamiser les flux et conforter la vocation de Corte, aujourd’hui ville universitaire et touristique.

 


 
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